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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 16:43

Le Plan Emotionnel

 

A quoi mènent les sensations humaines ? Comment ce niveau peut-il s'exprimer ? Quel en est le symbolisme utilisé et comment peut-on le partager ? Nous sommes dans le domaine de l’émotion. Au niveau physique, il est possible de quantifier la perception d’un sens, ici ce n’est pas le cas.

L’Homme est un être de désir, de pulsions et d’affect, nous dit Laborit.

Nous sommes dans l’émotion, le sentiment. Prise en compte de l’environnement qui l'entoure représenté par le plan Emotionnel. Ce plan est similaire à la nature : est-elle fleurie, luxuriante, variée, sèche, noire, de couleur changeante selon la saison ? Elle correspond à une atmosphère, une ambiance bonne ou mauvaise, à l'univers émotionnel de l'homme, et est habillée d’un symbolisme subjectif propre à chacun, greffée sur ses perceptions, tout un vocabulaire du "ressenti" résultant de la prise en charge de ses sensations à travers les émotions qu’elles génèrent. Et nous savons que sur une échelle de graduation une sensation ressentie varie d’un individu à l’autre. Lorsque l’on demande à un enfant comment il a mal et de le traduire sur une échelle de 1 à 10, il vous indique non son ressenti au mal mais sa résistance personnelle à ce mal, et qui va varier selon qu’il est accompagné de sa maman ou de son papa.

On distingue 4 grands sentiments : la Peur, la Colère, la Tristesse, la Joie qui se mélangent et se déclinent en plus ou en moins selon la richesse de la langue avec laquelle on s’exprime. Pour chacun de ces sentiments majeurs, au moins dans le vocabulaire français, une bonne trentaine de termes vont l’enrichir, lui donner un volume, une ambiance. Si je prends « la peur » on peut dire « confus » ou « angoissé », pour le terme « colère » je peux dire « fâché » ou « révolté », pour « tristesse » je peux dire « mal à l’aise » ou « désespéré », et avec le terme « joie » je peux dire « en communion » ou « exubérant ». Je peux bien entendu mêler 2 sentiments : la jalousie, par exemple, est une dose de colère plus une dose de tristesse (peur d’être abandonné). Attention le sentiment de la jalousie peut être aussi un indice d’autre chose de très différent comme un penchant à une homosexualité latente et souvent inconsciente. La haine est aussi une dose de peur de l’autre et de colère contre celui-ci.

C'est la partie de la perception qui se greffe sur le plan physique, qui va le mettre en valeur, lui donner ses couleurs, l'étoffer en quelque sorte et lui permettre de respirer. Dans la nature, c'est la végétation qui joue ce rôle ; elle est le reflet des terrains et des climats alors que dans une demeure c'est la décoration d'intérieur, le reflet des états d'âme du propriétaire. Chez l'homme c'est toute la palette des émotions que lui révéleront ses sensations du monde qui l'entoure.

Comme nous le voyons, il y a le fait, plus ou  moins bien décrit et perçu par l’individu, et l’émotion qui accompagne ce fait.

Ce plan est celui où l'homme dit: "Je ressens".  Puis, prenant conscience de ce ressenti, il va l'associer à un ensemble de sensations déjà éprouvées. Je vais parler de l’effet « rebond » ou « élastique ». Lorsque l’individu ressent dans un endroit ou lors d’une situation particulière, une sensation déjà engrammée qui, pour lui, est déjà cataloguée en négatif ou positif, en bon ou en mauvais, et donc lié à cet endroit, cette situation qu’il redécouvre, il va l’associer aux précédents ressentis. Le comportement sera bien souvent identique à ceux qu’il a eu précédemment. Chaque nouvelle sensation renforcera toutes les autres de même ordre. Il dira: "J'aime" ou "Je n'aime pas". Selon ses besoins du moment, son expérience passée en ce domaine et l'intensité de ses perceptions actuelles et passées, il déclinera ce qui lui est agréable à travers des émotions de jouissance, de satisfaction, de plaisir, et ce qui lui est désagréable à travers d'autres émotions allant jusqu'à la peur, la colère ou l'agressivité. Il est encore au niveau de son « je », lié à ses sensations et à ce qu'elles lui évoquent.

Dans des cas extrêmes, la perception émotionnelle peut modifier la perception physique. Bien connu est le cas du paralytique qui se lève de son fauteuil pour éviter d’être brûlé par l’incendie.

Les émotions influencent fortement les décisions de chacun. Cela peut paraître une évidence et aussi ne pas aller de soi. Ne dit-on pas que l’homme se fie à sa raison et que les sentiments sont le propre de la gente féminine ?

  Arrêtons-nous un moment sur ce chapitre.

En 1848, Phinéas Gage, chef d'équipe des dynamiteurs chargés d'ouvrir la voie de chemin de fer "transcontinentale" américain était en train de creuser un trou dans la roche. Un moment d’inattention fut dramatique. Son pic transperça sa joue et ressortit au sommet du crâne perforant le néocortex préfrontal entre les deux yeux. A’ la stupéfaction de tous, Phinéas se relève, parle, bouge, il est vivant, il est parfaitement lucide. Miracle ! Seul son comportement est différent : non-respect de tout et de tous, allié à des prises de décisions ineptes et incompréhensibles. Les médecins chargés de le soigner ne peuvent que noter les différentes phases de ses attitudes et les comparer avec celles qu’il avait avant l’accident.

Dans les années 70, Monsieur Eliot est opéré d’une tumeur située sur le néocortex préfrontal. Son comportement est similaire à celui de Phinéas.

L’un et l’autre conservent l’intégralité de leurs facultés intellectuelles. Les différents tests effectués ne démontrent aucune perte du Q.I essentiellement porté sur les intelligences logico-mathématiques et lexico-sémantique. Les mémoires courtes et longues ne sont absolument pas perturbées, les capacités d’apprentissages sont intactes.

Pourtant, l’un et l’autre sont incapables de gérer leur emploi du temps journalier selon un plan logique et rationnel. S’il leur est demandé d’effectuer une tâche particulière, celle-ci sera accomplie dans la mesure où elle ne demande pas de choix dans l’exécution. Dans le cas d’Eliot par exemple, si on lui demandait de faire le classement de documents, il était perdu. Fallait-il le faire dans un ordre chronologique ou d’une manière alphabétique ? Cette réflexion était perturbante, la prise de décision presque impossible.

Par ailleurs, les 2 sujets montrent une absence totale d’émotions aussi bien devant leur drame personnel que devant l’exposition de photos dramatiques (incendies, crimes horribles, mutilations, etc…)

Le Professeur DAMASIO, Directeur du Département de neurologie de l’Etat de l’Iowa aux USA, explique ce phénomène après avoir mesuré, testé, comparé les humains et expérimenté des travaux sur des singes, pendant près de vingt ans,  et affirme que « la capacité d’exprimer et ressentir les émotions fait partie des rouages de la raison ».

Il est admis aujourd’hui que les émotions peuvent perturber la décision, le passage à l’acte : le trac de parler en public par exemple. Est aussi troublante, d’une manière inconsciente, la non-expression de l’émotivité. Celle-ci se cristallise et agit à l’insu de l’individu. De ce fait, elle altère le jugement et l’aptitude au raisonnement. Raisonnement et émotivité sont liés comme le démontrent les expériences malheureuses de Phinéas Gage et d’Eliot.

Un Professeur de Sorbonne m’avoua que les jeunes qui sortent du cycle secondaire et entrent en Université sont incapables, pour la plupart, de faire travailler correctement la créativité ET la logique. La formation du néocortex préfrontal est inachevée. Un nombre, non divulgué, de professeurs du secondaire refusent de se remettre en question et donc de progresser. Pour la plupart, ils ont été des élèves soumis et attendent que leurs élèves le soient. Tant pis pour la qualité de l’enseignement, tant pis pour l’avenir de la jeunesse. Actuellement, la qualité du savoir acquis est en régression par rapport à celui dispensé au début du siècle.

Le travail intellectuel est souvent une représentation imaginaire, une construction virtuelle et mentale. Dans nos prises de décisions présentes et futures, les sentiments (joie, tristesse, colère, peur), qui ont généré les émotions plus ou moins fortes et que nous avons enfouis dans notre subconscient, et dont l’inconscient conserve une mémoire positive ou négative, vont fortement influencer ces prises de décision. Le plus souvent à notre insu. Combien de fois, le raisonneur, le « matheux », le pragmatique, le disciple de Descartes va décréter une action non conforme à sa seule logique. Que peut faire cette logique devant la complexité des rapports humains et de leurs incertitudes ? Les sources d’indécisions procurent une angoisse présente à chaque pas que nous faisons. Celle-ci nourrit l’intelligence de l’Homme, sa créativité et le motive à élaborer des solutions nouvelles pour y faire face et se procurer le plaisir de la vaincre.

Que se passe-t-il avant de prendre l’ultime décision ? Nous projetons mentalement la ou les solutions possibles. Souvent une sensation physiologique nous renseigne sur notre état mental. Une bonne nouvelle programmée dilate les vaisseaux sanguins, une catastrophe annoncée peut provoquer des crampes d’estomac. L’émotion ressentie accroît l’efficacité de la décision – positive ou négative.

Peut-on définir le mot é-motion ? Motion à la même racine que motivation qui est un ensemble de critères, conscients ou non, déterminant une action future. « é- », préfixe, indique un mouvement vers le dehors. L’é-motion est donc un ensemble de ressentis qui va de l’intérieur vers l’extérieur. Au cours d’une première rencontre entre deux êtres, l’émotion dégagée par les deux personnes en présence déterminera le futur. Elle commande la communication non-verbale. Elle est colorée par l’habitus primaire et l’Ethos de chacun des protagonistes en présence.

Chacun d’entre nous fonctionne avec son « radar » émotionnel. C’est lui qui va déterminer le degré de confiance, de crédibilité qu’il sera alloué à l’autre. Tout vendeur le sait. Il a 20 secondes pour convaincre……, après c’est plus difficile, on peut dire que les jeux sont faits. À la rentrée des classes, tout se joue dans la première heure. Si le professeur est jugé favorablement par les élèves, même le moins bon dans cette matière rattrapera le peloton. Dans le cas contraire, le meilleur élève dans cette discipline sera handicapé par rapport à d’autres condisciples d’autres classes l’année suivante. Un professeur peut amener un élève ordinaire à faire des choses extraordinaires tout comme le cadre peut obtenir de ses subordonnés un potentiel supérieur grâce à son charisme. Le charisme du chef est particulièrement motivationnel. Celui qui en est démuni a recours à l’usage de la force que lui confère son titre et provoque ainsi la contestation. De ce trouble, qui est responsable ? le chef – ce père symbolique absent - qui ne sait pas imposer ses compétences et aptitudes émotionnelles ou les élèves et les subordonnés ?

L’émotion sert à signaler l’événement signifiant pour l’individu et à motiver les comportements permettant leur gestion. Une émotion se déclenche consciemment et peut, aussi, apparaître à la suite d’une pensée subconsciente. Lorsque le cadre observe son subordonné lors d’entretiens professionnels, ce dernier – par rapport à un fait évoqué – va avoir des réactions en relation avec son vécu, son imaginaire. Le fait est toujours rattaché à une émotion antérieure qui sera renforcée ou inhibée.

Quand il y a déphasage entre le fait et la réaction prévisible, on peut évoquer une cristallisation émotionnelle inconsciente dont l’individu n’a plus la maîtrise. Il est nécessaire d’agir soit en recherchant la cause première par évocation d’émotions et de sentiments, soit en modifiant le comportement ultérieur sur des critères se rapportant à cette cristallisation émotionnelle en effectuant un travail de désensibilisation consciente.

C’est sur ce plan là que naissent les effets rebonds ou « élastique ». Pour le décrire, prenons l’exemple de l’archétype du père qui représente l’autorité. Elle constitue le « Sur-moi », l’apparition d’une contrainte, la prise de conscience d’une réalité extérieure. Si celle-ci s’est manifestée d’une manière négative, une peur s’est instaurée dont le degré peut être plus ou moins élevé. Un souvenir, lié au sentiment ressenti, reste  imprimé dans l’inconscient, et celui-ci ressurgira à chaque fois qu’une occasion jumelle se présentera dans la vie de l’individu. Dans le cadre de ressenti d’émotions négatives, on constatera des « évitements » pouvant aller jusqu’à des inhibitions, sans que l’individu en soit conscient, pour lui c’est naturel : le vouloir est entamé par un savoir enfoui et son pouvoir agir ignoré. Deux Écoles s’affrontent pour résoudre cette problématique, celle du « pourquoi », est-ce arrivé, et trouver la source dans l’inconscient pour solutionner, et celle du « comment » rendre à l’individu ses moyens d’action en toute liberté.

En 1954, deux chercheurs américains, Olds et Milner découvrent, au niveau des centres cérébraux des voies neuronales le « médial forebrain bundle » qu’Henri LABORIT appellera « faisceau de la récompense ». En effet les tests de laboratoire démontrent que, lorsque ce faisceau qui unit pulsions, mémoire, affectivité, sociabilité est mis en jeu il entraîne une stratégie aboutissant au plaisir, à la répétition de l’acte gratifiant. Cette action maintient et restaure l’activité cellulaire de l’organisme. Le cerveau ne sait pas nuancer le rêve de la réalité, il ne sait pas distinguer les plaisirs que nous créons nous-mêmes de ceux qui nous viennent de l’extérieur comme la drogue, l’alcool et, même, les cérémonies rituelliques à connotation magique qui sont souvent, pour les Frères en religion ou Maçonnique, des  addictions similaires à la cocaïne qui asservissent l’homme. La cigarette apporte des sensations de plaisir et autres, c’est vrai aussi qu’il y a des dégâts physiologiques et neurologiques, tandis que notre réussite, notre créativité donnent un plaisir en nous rendant gai et souvent nous « gai rit » de la « mal a dit ».

Nous évoquerons aussi les messages, positifs ou négatifs, qui encombrent notre cervelle et qui, alors, nous assourdissent nos oreilles de bruits parasites, comme ceux que nous procure notre « Smartphone » préféré, éteignant alors notre petite voix qui nous vient du fond du cœur.

Revenons à l’étude de l’œil. À plus de 4 mètres, soit environ deux fois  notre taille, la silhouette humaine est vue dans son ensemble et perçue comme une totalité. À cette distance, elle ne parait « n’avoir qu’un faible rapport avec notre propre personne » ; ce n’est tout d’abord qu’un objet qui a une forme humaine mais qui ne nous permet pas d’éprouver de la sympathie ou de nous identifier avec ce que nous regardons. Cela ressemble fort à la cible d’un stand de tir. Ce phénomène tant physique que l’absence de tout sentiment émotionnel nous permet de comprendre qu’un soldat est une forme humaine qui n’a pas plus d’intérêt qu’une représentation « cible » que l’on doit toucher. Il en est de même lors d’un match de tennis où, bien que les deux adversaires, se connaissent et se serrent la main, une fois sur le court, l’autre perd toute connotation humaine. La « chaleur » personnelle du soldat ne le trouble pas. Mais si la distance normale de l’intimité sociale et de conversation courante, « l’âme » du modèle commence à transparaître – moins d’un mètre en général – la présence de « l’âme » est trop accaparante pour permettre aucune observation désintéressée. C’est ce qui se passe lors d’un combat sur le tatami, les judokas n’ont pas cette distance, l’odeur, la distance, le toucher, les borborygmes émis, trahissent l’âme de l’adversaire. L’émotion est maîtresse de la situation, en bien ou en mal, d’où le besoin impératif pour un asiate de savoir maîtriser cette émotion avant de s’engager dans le corps à corps propre au sport rapproché.

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