Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 13:13

Nouvelle de Pline le Jeune

Je souhaite partager avec vous cette petite nouvelle de Pline le jeune. Bien sûr il faut la savourer au second degré. Mais quel enseignement !

 Il y avait à Athènes une maison spacieuse et commode, mais mal famée et funeste. Pendant le silence de la nuit, on entendait un bruit de ferraille, et si l'on prêtait l'oreille, un fracas de chaînes résonnait, assez loin d'abord puis tout près.  Bientôt apparaissait un spectre : c'était un vieillard, accablé de maigreur et de misère, avec une longue barbe et des cheveux hirsutes. Il avait aux pieds des entraves, et aux mains des chaînes qu'il secouait. De là, pour les habitants, des nuits affreuses et sinistres, qu'ils passaient à veiller dans la terreur ; ces veilles amenaient la maladie, et, l'épouvante croissant toujours ; la mort. Car même pendant le jour, quoique le fantôme eût disparu, son souvenir restait devant les yeux, et la peur durait plus que la cause de la peur. Aussi la maison, abandonnée et condamnée à la solitude, fut-elle laissée tout entière au spectre. On y avait pourtant mis une pancarte, dans l'espoir que quelqu'un, dans l'ignorance d'un si grand fléau, voudrait l'acheter ou la louer.

 Le philosophe Athénodore vient à Athènes, lit l'écriteau, connaît le prix, dont la modicité lui inspire des soupçons : il s'informe, apprend tout, et ne se décide pas moins, ou  plutôt ne se décide, que mieux, à la louer. Aux approches du soir, il se fait dresser un lit de travail dans la première pièce de la maison, demande ses tablettes, son stylet, de la lumière ; il renvoie tous ses gens dans les pièces du fond ; pour lui, il applique à écrire son esprit, ses yeux, sa main, de peur que son imagination oisive ne lui représente des fantômes bruyants et de vaines terreurs.

 Ce fut d'abord, comme partout, le profond silence de la nuit ; puis un battement de fer, un remuement de chaînes. Lui ne lève pas les yeux, ne quitte pas son stylet, mais affermit son attention et s'en fait un rempart devant ses oreilles. Le fracas augmente, se rapproche, et voilà qu'il retentit sur le seuil, voilà qu'il franchit le seuil. Le philosophe se retourne, il le voit, il reconnaît l'apparition qu'on lui a décrite. Elle se dressait, immobile, et, d'un signe du doigt, semblait l'appeler. Athénodore, d'un geste, lui demande d'attendre un moment, et se penche de nouveau sur ses tablettes et son poinçon. Elle, tandis qu'il écrivait, faisait résonner ses chaînes sur sa tête. Il se retourne et la voit répéter le même signe qu'auparavant.

 Alors, sans plus tarder, il prend la lumière, et suit l'apparition. Elle marchait d'un pas lent, comme alourdie par ses chaînes. Arrivée dans la cour de la maison, elle s'évanouit tout à coup, plantant là son compagnon. Resté seul, il fait un tas d'herbes et de feuilles pour marquer l'endroit.

 Le lendemain il va trouver les magistrats, il leur demande de faire fouiller ce lieu. On  y découvre des ossements emmêlés et enlacés dans des chaînes : le corps, réduit en poussière par le temps et par la terre, les avait laissés nus et usés par les chaînes. On les recueille et on les ensevelit publiquement. Dès que ces mânes (*) eurent été ensevelis selon les rites, la maison en fut délivrée.

 (*) mâne = Ame des morts dans la religion romaine.

Partager cet article

Repost 0
louis.peye.over-blog.com - dans psychologie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de louis.peye.over-blog.com
  • : Réflexions qui suis-je ? où vais-je ? pourquoi ?
  • Contact

Recherche

Liens