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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 11:19

Notre devise républicaine est : Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Pourtant, il me paraît parfois très difficile d’agir en accord avec mes valeurs.

 

Je crois profondément dans la Liberté. Mais je demande aux autres de restreindre leur propre liberté pour respecter ma liberté et celle des miens. Il y a donc une limite négociable.

 

Je crois profondément en la valeur d’Egalité. Mais bien que révolté par l’inégalité des chances dans notre société  je n’ai pas hésité à faire bénéficier mes enfants de tous les atouts possibles, comme par exemple « l’ascenseur social » que me permet l’appel à la Fraternité de mes Frères bien placés dans telle ou telle organisation…..

 

Cependant notre Etat de Droit m’aide en définissant les champs d’action de la Liberté et de l’Egalité. Il ne vise pas à instaurer une égalité parfaite entre tous les citoyens. Il ne leur offre que l’Egalité devant la loi. Il ne vise pas à instaurer une Liberté mythique, sans entraves. Il définit très précisément l’exercice de libertés, au pluriel, celles de s’exprimer, de pratiquer un culte, de voyager, de fonder une entreprise ou une association etc., sous réserve d’avoir un casier judiciaire vierge et d’être à jour de ses impôts et taxes, d’être de bonnes moeurs.

 

C’est ainsi qu’une autre loi, toujours en vigueur, (qui date du 1er Empire) nous impose une obligation alimentaire vis à vis de nos ascendants pour réprimer, je cite,  un éventuel « égoïsme excessif » de notre part… Le caractère excessif de l’égoïsme relève exclusivement de l’appréciation du juge, aucune définition, cependant, n’en est donnée par la loi.

 

Dans un film célèbre « LIFE BOAT » (1943) Hitchcock développe cette parabole de naufragés réfugiés dans un canot de sauvetage, contraints pour assurer leur survie de couper les mains de ceux qui, en s’y agrippant pour échapper à la noyade, menacent de faire chavirer l’embarcation.

 

Le domaine d’une Fraternité institutionnalisée pourrait ainsi se situer entre le comportement de celui qui se jette à l’eau pour libérer une place au profit d’un autre naufragé et celui qui coupe des mains pour simplement assurer son confort ou sa survie.

 

Entre ces deux extrêmes : l’égoïsme excessif de celui qui ne vient même pas au secours des membres de sa famille et la philanthropie excessive de celui qui accepte de se mettre délibérément en danger pour sauver la vie de l’autre,  il appartient à chacun de décider en son âme et conscience, jusqu’où le conduira sa conception de la fraternité.

 

Dans une société dominée par la rareté économique, et la quête effrénée du bien être, on constate tous les jours et singulièrement les soirs d’élections, que dans son canot de sauvetage personnel, le citoyen est abandonné à son libre arbitre par la loi, et que celui-ci va plutôt vers l’égoïsme excessif que vers la philanthropie et la philadelphie (amitié fraternelle). C’est un simple constat que je fais ici.

 

Appartient-il à l’Etat de droit de  définir le domaine de la Fraternité et ses modalités d’application entre ces deux pôles extrêmes du comportement humain ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait pour la Fraternité comme elle s’est engagée à « encadrer » la Liberté ou l’Egalité ? Je pose la question.

 

Actuellement les lois de notre pays ne reconnaissent que la Fraternité naturelle entre les membres d’une même famille biologique. C’est à eux seuls que notre droit reconnaît des privilèges, les exonérant de certaines lois générales. C’est ainsi que ni la mère ni le père  n’ont obligation de témoigner contre leur progéniture , ni  les conjoints entre eux, c’est aussi l’ensemble des dispositions rangées sous l ‘appellation d’immunité familiale, ce sont aussi certaines dispositions de la loi de finances.

 

Mais les lois de notre pays sont muettes en ce qui concerne des dérogations à la loi générale qui seraient fondées sur l’appartenance à des « pseudo familles symboliques » telles par exemple que les corporations, les syndicats,  ou la Franc-Maçonnerie.

 

Pourtant, mon Frère, ici présent, peut être plus proche de moi que mon frère biologique avec qui je peux être en procès par ailleurs ?

 

Le législateur ne reconnaît qu’une seule famille : la famille biologique. C’est ainsi que tout passe-droit accordé illégalement par un Franc-maçon à l’un de ses Frères est susceptible d’être sanctionné par la Justice. Est-ce normal ? Le principe de liberté de choix est, là, annihilée !

 

Et de fait, légitimer des exceptions à la loi qui seraient fondées sur la  fraternité unissant les membres de « pseudo familles symboliques » telles que la Franc- maçonnerie ne conduirait-il pas à éclater la société en multiples clans ?

 

Que peut penser Montesquieu qui affirme que, je cite : « Le droit à la différence peut rapidement conduire à la différence des droits ». Mon principe d’Egalité en pâtirait.

 

Faire vivre la Fraternité dans un Etat de droit pose donc de multiples problèmes.  Que dire sur le problème central auquel notre civilisation est confrontée au sein de la mondialisation ? Ainsi apparaît vite la difficulté qu ‘elle éprouve à faire vivre le principe de Fraternité universelle dans ses rapports avec les  pays du Tiers monde.

 

Aujourd’hui l’ouvrier français, peu qualifié, situé au bas de notre échelle économique, bénéficie d’un pouvoir d’achat et d’une espérance de vie très supérieure à la moyenne mondiale. Il vit dans une société démocratique dominée par la sécurité et  le progrès. Dans le même temps l’enfant indien, africain, brésilien, indonésien et aussi en Roumanie ou en Bulgarie, si près de chez nous, reçoit une rémunération cent fois plus faible pour un travail à la pénibilité maximum, dépense son énergie à survivre et meurt relativement jeune après avoir vécu comme un citoyen de seconde zone brimé par des régimes qui ne disent pas leur nom.

 

A l’aune de la Fraternité universelle l’ordre du monde actuel est à proprement parler scandaleux.

 

Et pourtant un rééquilibrage entre les conditions de vie des travailleurs du Nordet celles de leurs frères du Sud  ne semble pas pouvoir être envisagé, même à moyen terme.  Peut-on, en effet, croire que les Frères du Nord au nom de la fraternité universelle seraient disposés à laisser amputer leurs salaires de 80% - aller, baissons les seulement de 50% - et à abandonner leurs conditions de vie privilégiées au profit de leurs frères du Sud ? Interrogeons-nous mes Frères et soyons loyaux et sincères envers nous.  Nous préférons éluder la vérité, la notre, à ceux qui ne peuvent nous entendre !

 

Dans un monde dominé par la rareté économique et les déséquilibres structurels entre le Nord et le Sud, sur une planète où s’annoncent des luttes féroces pour le partage de ressources naturelles comme l’eau, la nourriture ou l’énergie de plus en plus menacées, doit-on s’acharner contre toutes évidences à proclamer l’avènement proche de la Fraternité Universelle ? Alors que nous assistons à des marchandages où le possédant préfère jouer gagnant pour lui et perdant pour l’autre, où celui qui détient une part de richesse peut la vendre cher pour sa survie car celle-ci s’amenuise !

 

Depuis plus de vingt ans la plupart de ceux qui partagent nos valeurs - Progrès et Justice sociale , Liberté, Egalité, Fraternité - éprouvent des difficultés croissantes à préserver la cohérence de leurs actes avec ces valeurs, la logique de leurs choix moraux avec leurs choix politiques.

 

Combien de militants ? Combien de Maçons ?, oui combien de Frères et Sœurs ais-je vus, écartelés entre leurs idéaux et leur sens des réalités, préférant jeter l’éponge plutôt que d’accepter comme nécessaires, sur fond d’exclusions et d’injustices sociales, les charters, les barrières aux frontières et la chasse aux clandestins. Etre déchiré, entre idéal maçonnique et réalité économique. Que faire face à ce choix pervers. Quoique le Maçon fasse, le cœur saigne : donner à manger à l’immigrant et, se priver ? Ne pas donner et les priver ? Où se trouve le juste milieu ? Où apparaît et disparaît la Fraternité ?

 

Dans tous les pays européens, l’Extrême Droite – et certainement ailleurs aussi - a parfaitement exploité cette situation en mettant le doigt sur le phénomène de l’immigration et ses conséquences, c’est à dire là où précisément se révèlent les contradictions entre les valeurs démocratiques et les réalités concrètes.

 

 En France, l’idéalisme des forces républicaines a ainsi fait le lit du Front National en lui abandonnant par jusqu’au-boutisme idéologique et quelque peu dogmatique le principe de réalité, de n’avoir pas voulu observer, traiter et / ou tenter de répondre courageusement à ce sujet ô combien sensible.

 

Pour ma part je n’ai plus l’âge des idéalismes désespérés et inefficaces. Pour pallier les silences de la loi et résoudre les contradictions entre le principe de réalité et mes valeurs j’ai formulé pour moi-même l’EMI : l’Equation Morale Imparfaite que je vous livre :

 

 

·   Article 1 de l’EMI : Prioritairement il est de mon devoir d’assurer la survie et la qualité de vie des membres de ma famille et de moi-même.

 ·  Article 2 de l’EMI : Complémentairement j’établis des solidarités réelles au sein de pseudo familles symboliques qui me permettent d’améliorer mes conditions d’existence matérielles comme spirituelles en même temps que celles des Frères et des Sœurs et, ce, dans le respect de la loi républicaine dans la mesure où ces actes ne contredisent  pas l'Article 1.

 ·  Article 3 de l’EMI J’étends une conduite fraternelle à l’ensemble des hommes de tous les continents sous la condition expresse de ne pas mettre en péril par angélisme et charité  l’ensemble de ce fragile édifice et sous réserve que mes actes ne soient pas en contradiction avec les Articles 1 et 2.

 

L’Équation Morale Imparfaite définit les conditions d’exercice à moyen terme d’une fraternité limitée. Elle a le mérite de rendre acceptable le fait que je n’ouvre pas ma maison aux SDF, que je ne sois pas favorable à l’ouverture incontrôlée de nos frontières. L’EMI me permet d’œuvrer au mieux pour tous mes Frères, comme pour les miens, sans que je me sente fautif de mes limites. Elle a aussi le mérite de concilier mon besoin de vie qui s’exprime par mon instinct de conservation et aussi par mon besoin d’aller vers vous mes Frères et mes Sœurs car j’ai besoin d’échanges, j’ai besoin de miroir, j’ai besoin d’amour.

 

Certains diront que mon EMI n’est faite que pour me donner bonne conscience ? Je leur rétorquerai que cela vaut bien les condamnations hypocrites de l’état du monde proférées par des moralistes aux comptes bancaires bien pourvus et souvent relayés par des idéalistes inconséquents et irresponsables compte tenu des enjeux et des choix de vie de nos concitoyens et de notre République.

 

Nous acceptons que la Liberté et l’Egalité, principes universels, par essence sans limites, aient leurs champs d’application définis de manière restrictive par la Loi, et la Fraternité alors, pourquoi en est-elle exclut ?

 

Le choix de l’Extrême Droite n’est pas recevable, le laxisme n’est plus envisageable non plus.

   

Devant le silence de nos institutions le rôle de L’EMI est de proposer une interprétation, certes  limitée, mais concrète de la fraternité. Le père de famille, qu’il soit d’origine européenne ou du Tiers monde vivant en France est bien obligé, lui, de tenir compte des impératifs concrets de son budget, et l’Etat, non ? L’Etat est bien la somme et le reflet de tous ces pères de famille vivant sur ce sol Républicain ?

 

Cependant, cela ne veut surtout pas dire que je doive me satisfaire de la mondialisation telle qu’elle se met en place sous nos yeux où le libéralisme à l’état pur s’en donne à cœur joie.

 

Ne nous le cachons pas, pour que la Fraternité Universelle inspire la mondialisation plusieurs conditions devraient être réunies :

 

1.  Que soit vaincue la rareté des produits et services au plan mondial

2.  Que soit généralisée la notion d’Etat de droit

3.  Que soient institutionnalisées la Solidarité et la Fraternité entre tous, pays et individus

4.  Que soient rééquilibrés les termes des échanges entre pays industrialisés et pays en voie de développement.

5.  Que soit mis en place un système de gouvernement mondial disposant des moyens de réaliser ce programme. Ceci dit, cela peut être au détriment de la Liberté.

 

Dans un siècle ou deux ou plus, nos descendants, ayant instauré le règne de l’abondance, pourront appliquer ce principe auquel l’état actuel de notre monde ne nous permet que de rêver.

 

Une condition humaine unique a pour corollaire le devoir de Fraternité et de Solidarité.

 

Peut être condamneront-ils notre conduite en qualifiant notre instinct de survie d’égoïsme excessif. C’est pourquoi m’inspirant de François Villon je forme ce vœu à leur intention :

Frères humains qui après nous vivez n’ayez les cœurs contre nous endurcis.

 

Nous savons que de longs et pénibles efforts seront nécessaires avant que notre tâche ne soit achevée, que la pierre est à peine dégrossie, que l’heure du repos n’est jamais arrivée et que nous allons, mes Sœurs et mes Frères, nous consacrer à notre travail.

 

J’ai dit.

 

Louis Peyé

 

le 17 juillet 2006

 

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