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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 15:30

L’Habitus secondaire

L’importance de L’Ecole face aux inégalités sociales.

Depuis toujours l’homme vit dans l’arbitraire qui a évolué du système tribal à la Démocratie au fil des siécles.

Le groupe le plus fort impose sa loi et tend à renforcer son hégémonie. Il élabore une Action Educative où la violence symbolique n’est pas exclue, bien au contraire, pour inculquer les groupes dominés afin de perpétuer, par la reproduction, le groupe où la Classe Sociale est dominante.

Celui qui sait, domine toujours l’ignorant.

Au départ de notre Civilisation française deux forces, d’égale détermination, s’affrontent : la francisque et le goupillon. Ne pouvant se départager, ils vont collaborer et fonder la Classe Sociale dominante dont Charlemagne est le symbole. La francisque invente l’Ecole, le goupillon garantit l’Action Educative. Maintenant qui peut contester l’hégémonie de la Classe Sociale dominante naissante ? Les deux parties ont passé un contrat d’assistance mutuelle et l’Ecole assure la pérennité du Pacte.

Il faudra attendre le XVIII° Siècle pour ébranler l’édifice, grâce à Jules Ferry, pour que la République démocratise le Savoir, permette au Peuple d’avoir accès à cette Classe Sociale dominante.

L’Ecole perpétue ce que la Classe Sociale dominante exige. Cela explique qu’elle se singularise par la sélection mais aussi qu’elle contribue, par son action, à augmenter sensiblement le nombre des constituants des Classe Sociale supérieures, améliorant sans cesse le niveau du Savoir.

Actuellement nous allons vers une crise des systèmes d’éducation parce que :

1.   la qualité due à la sélection de la Classe Sociale dominante fait place à la sélection démocratique.

2.  du fait que la démocratisation entraîne un mixage des sexes, d’ethnies, des niveaux différents de l’intelligence.

3.  du fait du baby boom et de l’augmentation de la demande d’enseignants, le recrutement se fait à un niveau qualitatif moins rigoureux sur la valeur pédagogique : période de crise oblige.

4.  la qualité statutaire du Prêtre fait que la responsabilité de l’échec ne retombe ni sur Dieu ni sur lui mais sur le dévot. Remplacez le terme Prêtre par Enseignant et celui de Dieu par Ecole... certains enseignants rejettent sur l’élève la responsabilité d’un désintérêt de leurs cours pour cause d’incapacité tant que leur autorité statutaire n’est pas contestée. La fréquentation de l’Eglise baisse comme l’implication des élèves : même cause, même effet.

(Observations de Max Weber, un des fondateurs de la Sociologie).

Aujourd’hui perce quelque expérience originale chère au partisan de la propagation de la psychologie comportementale.

Par un projet d’éducation incluant un Conseil de classe élargi instituant ainsi une légitimité.

·     Les parents délèguent aux Enseignants ce qu’ils ne savent ou ne peuvent pas faire : l’apprentissage du savoir, le constructum culturel.

·     Les parents mandatent leurs représentants.

·     Les élèves délégués représentent leurs condisciples.

Ce sont les 3 composantes qui sont le répondant de l’Autorité du Système d’Education. Ils cautionnent implicitement et explicitement par leur participation active, l’inculcation de l’arbitraire culturel et de l’ethos de la Classe Sociale dominante.

Cette méthode permet d’espérer un taux de réussite en fin de la scolarité obligatoire comparable ou supérieur à la loi de Pareto * : 20/80, pour 100 élèves, 80 réussiront (*économiste et sociologue).

Selon la qualité, la force, l’imprégnation de l’Habitus primaire, l’enfant va démonter son ouverture d’esprit, sa réceptivité à l’Habitus secondaire.

L’Ecole apporte à l’individu carencé pendant la phase d’Habitus primaire une seconde culturation. Le rendement de cette nouvelle inculcation sera renforcé si la valeur qualitative de l’Habitus primaire et de l’Ethos sont stimulés par les parents.

L’Ecole s’enorgueillit, à juste titre de réussir une reculturation pour certains élèves d’une éclatante manière. Certains se hissent au degré de compréhension et de maîtrise comparable au niveau obtenu par les enfants des Classe Sociale dominantes.

L’Ecole permet, par sa structure, de mettre à la disposition de tous, des éléments compensateurs que nous allons énumérer ci-dessous. Il est bon d’établir une comparaison avec l’Habitus primaire.

1° Localisation de l’Ecole

·     son lieu géographique  dominant, rural, urbain, excentré

confort, accès, espace

environnement social

l’image, la représentation symbolique perçue par les parents

Il y a une identification inconsciente à cette représentation comme le montre l’image paradigmatique de l’expérience de Rosenthal. Au travers de l’appartenance à tel ou tel établissement, l’individu projette ce que l’on appelle « l’image de Soi ».

2° Encadrement

·     est ce une grande unité ? une petite unité ?

·     quelle est la pyramide des âges de l’encadrement ?

·     quel est le style de management : sévère ? ou Athéna

                                                            stressant ? ou Damoclés (cours Hattemer)

 humain ?  ou Apollon

 détendu mais exigeant ? ou Zeus

·     les adultes se laissent-ils facilement aborder ?

·     la politesse, le respect mutuel sont-ils de règle ?

·     quel style, quelle qualité d’enseignements prévalent ?

·     les élèves aiment ils leurs enseignants ?

Les sobriquets sont-ils sympathiques, dénotent-ils de l’irrespect voire un rejet de tel ou tel enseignant ?

Selon les réponses, l’enfant fuira ou recherchera plus tard une entreprise comparable ou différente, un même style ou non de management.

3° Conditions matérielles

·     l’importance des locaux,

·     l’accueil, la propreté,

·     les accès à l’intérieur des locaux, les couloirs, les salles de cours,

·     quantité et qualité des plateaux sportifs,

·     qualité, quantité et diversités du matériel pédagogique,

·     l’agencement repousse ou invite et sécurise les usagers.

Il est important que chacun retrouve les normes qui sont définies pour la Société. L’école doit être une reproduction de la vie civile et de la cité réservée aux élèves : organisation administrative, lieu de travail, de loisirs, de détente sans oublier le téléphone et l’infirmerie.

4° Capital culturel

·     quelle est la disponibilité et la qualité pédagogique des responsables éducatifs vis à vis des élèves ?

·     quels sont les moyens, les instruments éducatifs mis à la disposition des élèves en variété et quantité ?

·     l’accès de ces instruments physiques et moyens humains sont-ils

prioritaires ?

suffisants ?

encouragés ?

par les agents de l’Autorité Educative ?

L’accès, l’utilisation des instruments physiques doivent être incitatifs pour conforter le travail de retransposition de l’Habitus secondaire dans le milieu de l’Habitus primaire. L’élève prend, ici, l’habitude de consommer du culturel. Tout rejet d’élève de ce lieu est condamnable parce que tout élève est éducable.

Il faut rappeler :

que plus l’Habitus primaire et l’Ethos sont sommaires, plus l’élève est pénalisé par rapport à ses condisciples !

à contrario, plus l’Habitus primaire et l’Ethos seront élevés dans les Classe Sociale, plus l’Habitus secondaire sera productif.

plus l’Habitus primaire conserve son attachement aux valeurs traditionnelles et plus l’influence aux manières d’être du passé empêchent l’évolution naturelle de s’exprimer, moins l’Habitus secondaire est productif.

L’écart entre les deux Habitus s’accroît entraînant le « décrochage » scolaire. L’élève ne comprend pas le Système Educatif. Il est incapable d’embrasser l’utilité, le raisonnement, la diversité, la complexité des disciplines proposées, l’Habitus primaire ne l’ayant pas préparé à cette étape.

L’élève se trouve entre deux systèmes antinomiques.

Il doit faire un choix entre :

  1. un concept fait de certitudes simples auxquelles il obéit sans réfléchir ou
  2. un concept où l’intelligence, la réflexion,- voire le doute -sont mis à contribution.

Nous retrouvons ces deux concepts dans les Classe Sociale différentes et connues dont par exemple, la Classe Sociale, issue de la France profonde, de mœurs traditionalistes, tend à disparaître. Le patois ou les langues régionales décroissent sensiblement, seules subsistent encore le Breton, l’Alsacien, le Corse et le Basque. Partout, l’Ecole apprend à l’élève à élever sa curiosité et il fait, ainsi, l’apprentissage du doute et de la critique en comparant les différents auteurs de la langue française et les différentes découvertes scientifiques.

que notre arbitraire culturel choque, heurte d’autant plus que nos mœurs ne sont pas basées sur les mêmes valeurs ou n’ont pas les mêmes priorités. Dans certains Etablissements, la Classe Sociale dominée peut se sentir en position de force, de par le nombre, et chercher à inverser l’hégémonie légitime locale au nom de la Démocratie. Cette tentative d’acculturation nuit, bien entendu, aux résultats de l’Habitus secondaire.

Certains sous-groupes dominés, dont l’imprégnation traditionaliste est fortement ancrée, se sentent violentés symboliquement et même parfois physiquement

·     Soit cette violence est importée dans une école, quartier ou dans un stade, lieu privilégié de remise en cause, combien symbolique. L’Ecole, quartier ou le stade sont des lieux dénommés, reconnus par tous mais, surtout, endroits bien délimités voire clos,

 

·     soit la Classe Sociale dominante est fragilisé par une concentration excessive d’un sous-groupe devenant, alors, Classe Sociale dominante locale, imposant un arbitraire culturel tribal ou de clan étranger à l’Habitat secondaire initial.

 

Laisser se multiplier ces ghettos ou, et, les manifestations ostentatoires peut se révéler très dangereux.

Les travaux de l’I.R.E.D.U - C.N.R..S de  Madame DURU-BELAT démontrent bien les risques d’augmentation d’inégalité due à cette concentration.

Nous constatons que si le Système Educatif peut être un moyen d’exclusion par la sélection due aux différents facteurs reconnus, il est aussi, grâce à une retraduction (dans le sens de transposition du langage trivial en langage académique) source d’accès pour des élèves à une Classe Sociale supérieure de celle de leurs parents.

L’Ecole permet à l’individu de :

·     se familiariser avec nos échelles de valeurs,

·     bénéficier d’une retraduction,

·     d’améliorer sa condition catégorielle au sein d’un nouveau groupe ciblé.

 

La réussite d’insertion est fonction de la valeur différentielle entre :

·       L’Habitus primaire plus l’Ethos correspondant

et

·       La valeur inculquée par l’Action éducative de la Classe Sociale dominante au cours de l’Habitus secondaire.

Il faut toujours avoir en mémoire que l’Action éducative et l’Autorité familiales priment sur l’inculcation du groupe dominant durant l’inculcation de l’Habitus secondaire. A l’âge adulte, l’action due à l’école n’existe plus. l’Action éducative revient en terme de frein en cas de formation imposée à l’adulte (problème de « l’élastique » en psychologie comportementale.

On n’insistera jamais assez sur :

·       l’inculcation du constructum linguistique élaboré et sa complexité syntaxique le plus tôt possible.

·       la promotion de nos valeurs qui apportent les satisfactions personnelles tant physique, qu’intellectuelle, émotionnelle ou spirituelle. L’individu est un tout. Chaque action de sa part a des répercussions dans un, ou, tous les domaines précités, qu’il en soit ou non conscient.

Conclusions

On n’assistera jamais assez sur l’importance de la qualité d’apprentissage linguistique pendant la prime enfance. C’est au cours de ces 36 premiers mois que s’élaborent la construction linguistique, l’acquisition de la complexité syntaxique de la langue maternelle.

C’est grâce à celle-ci que l’enfant va former ses armes et son devenir. Il va acquérir les dispositions logiques prédisposant à la maîtrise symbolique.

L’Habitus primaire est le tremplin vital de l’Habitus secondaire.

S’il est important pour les acteurs de l’Habitus secondaire d’être conscients de leurs influences pédagogiques, il est certaines familles où les langues parlées sont vulgaires, triviales tout comme dans les familles d’immigrés - quelle qu’en soit l’origine - d’un niveau élémentaire, d’un vocabulaire restreint. Lors de la confrontation avec l’Habitus secondaire, ce bilinguisme de fait favorise l’anomie et l’exclusion. L’enseignant ne peut en éviter toutes les conséquences.

Ce n’est que plus tard, hors circuit scolaire, que l’adulte peut, s’il le désire, remettre en cause son enfance au sein d’un groupe structuré et adapté à son cas. Le travail sera productif dans la mesure où le destinataire du message en possède la clé. Le groupe peut lui permettre d’espérer en retrouver une en s’appuyant sur les acquis de l’Habitus secondaire.

L’enseignant de l’Ecole et le Meneur de Jeu du groupe jouent le même rôle de pédagogue. Là où le second réussit quand le premier trébuche - avec certains - vient de l’approche, de la méthodologie étudiée et de la résolution des problèmes.

Appendice.

J’ai arrêté ma réflexion au Collège.

Mais je tiens à attirer le lecteur sur le fait que l’Ecole a pris modèle sur le Système Educatif hérité de Charlemagne.

Il y a eu d’abord sélection de la Classe Sociale Dominante qui alliait la Force et le Pouvoir, elle bénéficia seule du Savoir. Ensuite les Jésuites poussèrent la sélectivité pour l’élitisme par le savoir faisant du Darwinisme avant la lettre. La concurrence, pour départager le meilleur rhétoriqueur d’abord par Province puis, au Siècle des Lumières, sur le plan national, modela notre Système Educatif. Il fonctionne encore aujourd’hui sur ce modèle. Cette méthode de sélections sévères donna d’excellents résultats au temps où 80% de la population trouvait du travail au sortir de l’Ecole sans le Bac et pouvait espérer progresser dans l’échelle sociale, en cette fin de siècle cela ne se peut plus.

Aujourd’hui ce Système, hérité du Système Educatif religieux du passé, commence à craqueler. Il faut inventer d’autre forme d’enseignement pour que la majorité puisse accéder aux Classes Sociales supérieures comme l’on fait nos aînés.

Nous avons toujours une Classe Sociale intellectuelle mais elle ne ressemble plus à celle qui donnait « Salon » depuis le XVIII° Siècle, où l’éloquence pure était la règle (relire les notes de Chateaubriand par exemple).

Cette Tradition persiste dans le fait que seuls ceux capables d’Ecriture et, ou, de Culture Gréco-latine peuvent accéder au Pouvoir Professionnel - Politique (il y souvent amalgame). Elle est surtout d’actualité dans le milieu Universitaire. Les Maîtres transmettent l’héritage qu’ils ont appris à leurs élèves, le contenu comme le contenant. Notre France, berceau de la Révolution et des Droits de l’Homme, dispense son message que tous les Pays Démocratiques vénèrent, mais le contenant n’est plus perçu par le futur récipiendaire.

Celui-ci a vu le jour lors des premières crises économiques et a passé son Bac au moment où, dans chaque famille française, on dénombrait une ou plusieurs victimes de ces crises successives. Ce n’est pas le cas, en général et tant mieux, pour ses Maîtres à l’Université.

Nous assistons à un déphasage entre l’Emetteur et le Récepteur.

Combien de Bac + 3 4 ou  5 sont inscrits à l’A N P E parce qu’ils ont suivi des filières sans débouchés ?

Il semblerait que le futur diplômé soit, lui modelé par cette Crise économique et que celle-ci influence son comportement.

Une nouvelle révolution silencieuses est-elle en train d’éclore sous nos yeux ou bien l’ascendance des Jésuites reprendra t-il son cours ? La laïcité en dépend mais aussi la Démocratie comme notre influence économique faite de Savoir-faire techniques et commerciales. Nous écartons nous de la rhétorique et renforçons nous notre pragmatisme ? Nos enfants, aujourd’hui Collégiens, nous le dirons, à condition que leur culture de la langue française et son respect soient maintenus ou ils ne pourront être crédibles. Les qualités de nos philologues feront que nous gagnerons ou pas cette nouvelle bataille.

Fait à Nice le 18 février 1995

Louis PEYE

 

 

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